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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 15:01

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La découverte de la musique du Californien Eric McEntee s'est d'abord faite sur un malentendu au détour d'une page Bandcamp sous le nom de groupe Hand. On y trouvait 2 Eps qui évoquaient tout sauf la musique des années 2010, soit un folk enrubanné de cordes luxuriantes chanté par une voix venue directement des années 60. Les informations étaient alors chiches pour savoir qui était ce mystérieux chanteur qui noyait encore plus le poisson en indiquant une date de sortie au début des années 70.

Pour éclaircir cette histoire, je l'ai contacté début 2015 et contrairement aux apparences, derrière le pseudonyme Hand se cachait bien un songwriter d'aujourd'hui mais tellement abreuvé à toute l'histoire de la musique américaine qu'il en a fait son terrain de jeu.

Il a depuis séjourné quelques mois à Paris et j'ai pu apprendre à apprécier toute l'étendue des talents de ce songwriter capable à tout moment de reprendre les plus grands de la musique folk et country (des plus célèbrés aux plus obscurs) et d'y insérer ses propres compositions sans qu'elles y paraissent le moins du monde déplacées.

 

Eric, je t'ai vu jouer presque tout ce qui existe dans la tradition folk/country/blues américaine de Tim Hardin à Gram Parsons, de Hank Williams à Buffalo Springfield et tu as aussi enregistré 2 chansons très obscures de cette période pour ton premier EP. Peux-tu nous parler de ton éducation musicale et de la façon dont quelqu'un de ta génération est devenu aussi fasciné par cet héritage musical ?

 

C'est l'histoire d'une obsession vraiment... Comme c'est souvent le cas en musique, une chose en amène une autre. Si je dois commencer par mon éducation musicale, deux choses m'accompagnent encore aujourd'hui : j'ai grandi entouré de musique soul, mon père passait régulièrement Tower of Power (le groupe est lui-même proche de ma famille) et j'ai été exposé à la musique live en général car mon père travaillait dans ce monde-là (il a été conducteur de cars pour des groupes ou artistes comme Pink Floyd, Neil Diamond, Aerosmith pendant toute sa vie). Et puis il y avait une radio oldies K-EARTH 101 qu'écoutait la mère de mon meilleur ami et qui a été ma première exposition aux sons classiques du doo wop, des girl groups, du rhythm & blues et de la pop music des années 60, The Drifters, Motown, ces choses-là. Au collège, j'écoutais en fait du hip hop quand la plupart des ados en Californie écoutaient Nirvana et ma propre exploration musicale a plutôt commencé en sortant du collège. Les songwriters sont devenu mon obsession une fois que j'y ai été exposé... Lou Barlow a probablement été le premier qu'un ami m'a fait écouter, l'archétype de quelqu'un dont la musique est guidée par ses capacités d'écriture avec de magnifiques chansons simples jouées en solo, juste une guitare et une voix. A partir de là, j'étais sur mon chemin en découvrant différentes approches de la guitare que j'apprenais également à l'époque : fingerpicking, flatpicking et en explorant les chansons et les artistes connectés d'une façon ou d'une autre à la musique folk américaine : country, bluegrass, country blues, les chansons qui circulaient autour de la scène de Greenwich Village dans les années 60. J'étais également très intéressé par la musique folk anglaise. Etre exposé à ces choses, collecter des chansons à reprendre dans la rue m'a amené à trouver ce que je pense être la distillation la plus précise du son que je cherchais et qui regroupait toutes mes obsessions, une sorte de croisement entre le folk et la soul music avec quelques tonalités jazz, ce qui est une idée très inspirante pour moi. Cela semble aussi bien correspondre à mes origines californiennes puisque c'est au fond un son californien : Bob Lind, Rodriguez, le jazz West Coast, Shuggie Otis, certains albums de Van Morrison, le « John Wesley Harding » de Bob Dylan possède ça aussi, définitivement Buffalo Springfield, The Byrds, Bill Withers, John Stewart, Cat Stevens a un peu de « blue eyed soul » aussi et tant d'autres, l'esprit des premiers Bee Gees, même des gens comme Lucio Battisti mais je suis toujours plus intéressé d'explorer des albums avec ce son californien et il y a toujours quelqu'un à l'horizon pour l'avoir, quelque part indéfinissable mais toujours présent...

Tu as des arrangements de cordes incroyables sur tes 2 Eps qui sonnent comme absolument rien de ce qu'on peut entendre aujourd'hui. Je pense aux arrangements de Wally Stott pour Scott Walker (surtout dans la texture). Comment as-tu réussi à avoir ce son et est-ce que c'est ce type de son que tu avais en tête ?

 

Tout d'abord, je dois dire que c'est un maître et je ne pense pas qu'on puisse comparer les arrangements simples de mes chansons avec les arrangements amples et luxuriants qu'elle a composé, mais ce serait un rêve de travailler avec quelqu'un comme ça. Je pense que plus j'explore les arrangements pour ma propre musique et plus l'influence de Scott Walker grandit de même que le son de la musique du « French Cabaret » en général. Je peux imaginer faire des albums dans cette optique et je compose définitivement dans cet esprit-là. Quand je voyage sur de longues distances, j'écoute les 4 premiers Scott Walker. Quand j'ai commencé à écrire, c'était un rêve d'essayer d'intégrer des cordes dans mes propres chansons, un modèle donné par tant d'artistes des années 60 et 70 : The Beatles, The Zombies et particulièrement Harry Nilsson, Phil Ochs et Tim Hardin. Avant même que je ne puisse écrire des chansons, j'intégrais ce style de production. Cela a pu se faire dans mes premiers enregistrements parce que j'ai trouvé un violoniste à Los Angeles, Chris Swanson qui a une oreille incroyable et dont l'aide a vraiment été indispensable. Toutes les cordes sur mes chansons sont en fait Chris qui overdubbe les différentes parties et tout ça enregistré dans un appartement. J'espère pouvoir toujours travailler avec lui.

 

Aujourd'hui on n'entend plus si souvent le type de songwriting qui était la norme pendant la plus grande partie du 20ème siècle mais tu y reste toujours attaché. Ta voix semble même venir d'une ère oubliée. Peux-tu m'en dire plus sur ton processus d'écriture et comment tu réussis à avoir cette fraîcheur quand cette forme est âgée d'une centaine d'années ?

 

Je ne pense pas que cette forme ait disparu. Comme le dit Bob Dylan « l'évolution est un serpent qui se mord la queue ». Ma conception de l'écriture est ancrée dans la tradition telle que je la vois et mes « approximations » de cette tradition combinée à ma personnalité amènent des variations. L'écriture est un tel chemin intérieur, c'est également dans ma personnalité d'être patient par rapport aux sons que je produis et ces sons sont aussi un produit de ce que j'écoute.

Pour ce qui est de la fraîcheur, être contemporain n'est pas une de mes préoccupations qui est avant tout d'écrire des chansons honnêtes. Trouver ma propre voix (au sens premier du terme) est une des choses les plus difficiles par laquelle j'ai eu à passer et c'est toujours en cours puisque la voix est un instrument qui évolue en permanence. Quand j'étais plus jeune je demandais souvent à des chanteurs comment ils avaient trouvé leur voix. J'ai trouvé la mienne en écoutant et en chantant tous ces classiques oldies à la radio, The Drifters, The Temptations, Sam Cooke, Marvin Gaye... Il y a un élément de performance dans le chant qui affecte le son. Par exemple, la musique soul, le bluegrass, le country blues seraient tous chantés un peu différemment par la même personne... Maintenant les voix sont vraiment importantes pour moi. Une chanson prend son sens quand la voix y trouve sa place.

 

Tu habites près de Los Angeles. Même si ton style de musique est d'une certaine façon né il y a 50 ans en Californie, comment vois-tu ta place dans la scène locale actuelle ? Et quels groupes ou musiciens contemporains suis-tu ?

 

Je n'ai jamais trouvé en Californie de scène qui convienne exactement à ce que je fais. Le plus proche que je me suis senti d'une communauté c'est probablement lors de mon dernier voyage à Paris, à faire des concerts, tourner en Normandie, jouer au hasard des rues dans Paris avec mon ami Ross Vorhees et quelques autres musiciens que j'y ai rencontré comme Harley Young ou Olivier Rocabois (All If). Je ne me suis jamais senti aussi bien de jouer ma propre musique qu'en France. J'ai vraiment le sentiment d'y être écouté. En Californie, je n'ai jamais vraiment trouvé d'endroit propice à ça... De plus , je pense que pour faire partie d'une communauté tu dois entrer dans un certain processus, faire de la musique ensemble, progresser ensemble. Je n'ai jamais vraiment trouvé ça à Los Angeles avec d'autres groupes ou d'autres songwriters. Peut-être parce que le songwriting étant quelque chose de très insulaire, d'autocentré même, c'est quelque chose qu'on a l'habitude de pratiquer seul... c'est une autre raison qui fait que j'aime tous ces disques de songwriters qu'on n'a jamais entendu en leur temps parce que c'est souvent l'histoire de quelqu'un qui a fait son truc sans se soucier de ce qui se passait autour de lui. Mais pour moi, d'autres personnes sont venues pendant de brèves périodes avec lesquels j'ai eu une connexion à Orange County et Los Angeles, particulièrement à Sunset Beach... Pendant les dernières années, j'ai joué dans pas mal de bars peu importe où je me trouvais aux Etats-Unis, ce qui est très différent de jouer dans des clubs rock à LA. Ce n'est pas une scène et je joue souvent avec et devant des gens qui ont deux fois mon âge, pas vraiment le quotidien des jeunes groupes d'indie rock dont on entend parler en ville mais ce sont des gens qui ont fait de la musique toute leur vie et ces concerts ont vraiment été très formateurs pour moi. Ces musiciens plus âgés avec lesquels je joue, ils connaissent déjà tout ce à quoi je peux faire référence et ça a été une révélation d'entendre des chansons de mon pré carré de Tim Hardin et Ron Davies ; des choses que je cherchais à entendre de New York à Los Angeles ! Je suis reconnaissant d'avoir le soutien de musiciens aussi talentueux, ces gens m'apprennent à voir la musique comme un mode de vie.

Pour ce qui est des groupes ou musiciens contemporains qui pourraient être une inspiration, comme je l'ai dit je me sens assez déconnecté de ce qui se passe autour de moi, à part le simple esprit de créer et de s'exprimer que nous partageons tous. Je suis méfiant de toute la hype qu'on attache à la plupart de la musique qu'on entend aujourd'hui, on entend rarement de la musique en dehors de ce contexte à part en live ou grâce à des conseils amicaux. Donc mes amis qui font de la musique sont toujours une inspiration. En ce moment, Olivier Rocabois est quelqu'un que je trouve très talentueux et Ross Vorhees écrit quelques unes des plus belles chansons que je connaisse. Par ailleurs les songwriters contemporains que j'admire le plus dernièrement s'avèrent tous être des femmes. Ce n'est pas une surprise, tous mes artistes préférés sont des femmes. Joanna Newsom est quelqu'un que je soutiens sans réserve, elle est très lyrique et consciente de sa place en tant que songwriter et artiste et elle va toujours plus loin avec son instrument et dans son expression musicale. Jessie Baylin avec sa voix qui rappelle Brenda Lee et ses évidentes qualités d'écriture en est une autre. Nos sons sont très différents. Il y a en ce moment beaucoup d'artistes qui créent une musique avec une compréhension très aigue des sons et des techniques classiques ou qui sont inspirés par de célèbres songwriters contemporains comme Devendra Banhart et Ariel Pink, artistes que je n'écoute pas vraiment mais qui ont permis de faire découvrir d'autres artistes. J'ai discuté avec Ariel Pink qui vit à LA et je me rappelle qu'il disait que la meilleure chose qu'il avait faite, c'était de faire découvrir R. Stevie Moore. A une autre occasion, je me rappelle avoir lu quelque chose qu'il a dit que j'ai pris très à cœur : « je ne veux pas finir comme quelqu'un qui serait dans sa propre collection de disques ». Drôle et vrai.

 

Je t'ai vu reprendre « Les Feuilles Mortes » quand tu étais en France et tu sembles être un vrai francophile (en musique comme en cinéma), d'où te vient cette francophilie ?

 

Je suis venu pour la première fois en France vers 2006 avec mon collège. C'est à partir de ce moment-là que cette obsession est apparue... Etrangement, « Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain » en a été la raison pour une grosse part. J'avais l'habitude de le regarder avant d'aller me coucher pendant pas mal d'années ou simplement de l'écouter. Je dis étrangement parce que je connais sa réputation en France pour être un portrait presque importé, rempli de clichés de l'esprit et de la beauté de Paris mais c'était un gros film qui m'a exposé à la ville à cette époque et la musique de Yann Tiersen est si belle. En fait, ce n'était pas vraiment le premier film français que je voyais mais il m'a influencé. Ma première exposition s'est faite par la Nouvelle Vague en louant 3 ou 4 VHS : « Le Bonheur » d'Agnès Varda, « Les Rendez-Vous d'Anna » de Chantal Ackerman et « Le Genou de Claire » d'Eric Rohmer, ces deux derniers comptent toujours beaucoup pour moi. Ils ont donc été la base et puis après avoir visité la France et y avoir forgé ma propre expérience, j'ai développé l'idée d'un film, comme j'étudiais le cinéma au collège. Donc pendant les 7 dernières années j'ai fait des pélerinages en France et j'y ai vécu pendant de brèves périodes. J'ai tourné un film qui se passe principalement à Paris, joué dans la rue, fait des concerts.

Musicalement, l'Europe a un toujours été un refuge pour les artistes américains de tout style et ça s'est révélé être aussi le cas pour moi. Ma plus grosse influence musicale française est Serge Gainsbourg dont les arrangements n'ont jamais été dépassés, notamment ceux de « Histoire de Melody Nelson » par Jean-Claude Vannier. Je me rappelle avoir acheté le CD lors de mon premier voyage parisien. Je l'avais dans la main en me demandant « est-ce que c'est bon ? » et le vendeur m'a immédiatement répondu « c'est la meilleure chose jamais enregistrée en France ». Pas besoin de dire que je pense qu'il a raison et c'est une grosse influence depuis. Il y en a tant d'autres, bien sûr Françoise Hardy, les bandes originales de Delerue, Michel Legrand, les œuvres de Satie et Ravel. Et je n'ai pas mentionné l'inluence française en littérature, en philosophie et en peinture : Mallarmé, Flaubert, Huysmans, Rousseau, Nicolas Poussin, par dessus tout Manet – si je peux citer tout ça en tant que musicien sans paraître trop prétentieux. La France est simplement ma boussole dans ma conception de la vie en art et maintenant elle fait aussi partie de mon histoire, plus particulièrement depuis que j'y ai écrit les chansons « I'm Not Bothered By The Rain » et « Paris is a Sunday Town ».

Tu lances une campagne de crowdfunding avec Microcultures pour la sortie de ton premier album donc dis nous en un peu plus sur tes plans dans un futur proche.

 

Les gens derrière Microcultures ont été vraiment chaleureux et m'ont soutenu dès que tu m'as mis en contact avec eux après avoir découvert ma musique sur Bandcamp. Donc mes plans dans le futur tournent autour de la finalisation de l'album sur lequel je travaille et qui sera représentatif de mon cheminement musical depuis 7 ans. J'ai des gens incroyables autour de moi en commençant par Rob Schnapf qui va le produire, Rob a travaillé avec Beck et est probablement plus connu pour avoir travaillé avec Elliott Smith et plus récemment Cass McCombs. C'est définitivement quelqu'un avec qui je me sens en confiance à la tête d'un album de songwriter et j'ai l'intention pour cet album de continuer dans la veine que j'ai creusé pour les chansons précédentes mais avec davantage un esprit d'équipe. Je vais aussi avoir quelques-uns de mes musiciens préférés pour travailler avec moi. Je vais définitivement enregistrer d'autres cordes. Je me suis engagé à donner vie à ces chansons spécifiques que ce soit en studio ou en concert bien que j'en ai écrit bien d'autres. Je suis toujours en train d'écrire. En plus de tout ce que la musique m'apporte j'ai appris que les chansons ont d'une certaine façon des facilitateurs de vie et si vous avez suffisamment foi en elles et la volonté de les finir, elles vous apportent des expériences telles celles que j'ai eu en Europe.

Une fois l'album sorti, j'ai l'intention de tourner d'abord en Europe puis plus tard aux Etats-Unis. D'une certaine façon, je pense que l'Europe est la première étape de cette album et la campagne Microcultures en quelque sorte son point de départ. Plus tard en 2017, j'aurai fini le film que j'ai mentionné plus haut qui s'appelle « Olympia ».

Son site: http://www.ericmcentee.com/

Pour contribuer à sa campagne de crowdfunding, c'est ici

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commentaires

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